Au chômage ?

Repérez le poste qui vous intéresse, tuez la personne qui l’occupe et postulez !

Alors oui, c’est radical et non, il ne faut pas le faire (principalement parce que c’est vilain de convoiter et pas beau de tuer) mais c’est bien le sujet choisi par Alain Wegscheider, jeune auteur belge, pour son premier roman « Mon CV dans ta gueule« , qui se paye joyeusement et avec un cynisme délectable le merveilleux monde du travail.

Dézinguer du titulaire pour faire de la place aux postulants voilà donc, en matière de recrutement, l’absurde poussé à son paroxysme.

Avoir relu ce livre déjanté me donne ici l’occasion de traiter de quelques inepties qui continuent de polluer les process de recrutement actuels, de la lettre de (dé)motivation aux questions franchement cons, de la froideur normée à l’ennui mortel des entretiens, du manque de générosité des approches à l’absence effarante de plaisir (rhoooolalalala elle a dit « plaisir ») dans l’échange entre recruteur et recruté.

Petit tour d’horizon des absurdités qui ont la peau dure, pour qu’on fasse enfin autrement.

Ta motivation, on en parle ?

Parce que c’est un vrai sujet, la motivation du candidat.

A quel point il en veut.

A quel point il est prêt à tout.

Se tatouer l’organigramme de la boite sur le torse, connaître par coeur le bilan comptable des 3 dernières années, savoir ce que mange la DRH à la cantine et le petit nom du poisson rouge du boss.

Tout, il doit tout savoir sur cette entreprise censée le faire rêver et il doit l’écrire. Le motiver. Pourquoi cette boite et pas une autre. Pourquoi ce job et pas un autre. Pourquoi lui et personne d’autre.

En théorie, la lettre de motivation, c’est donc ça : rien de moins qu’une formidable déclaration d’amour à sa future entreprise, à son futur patron, à ses futurs collègues.

Mais voilà, dans les faits, c’est beaucoup moins romantique.

Uniformisée jusqu’à la nausée, la lettre de motivation n’a plus aucune valeur différenciante. Tout le monde dit la même chose, le plus souvent de la même façon, avec autant d’enthousiasme et de conviction que le rédacteur d’une rubrique nécrologique dont le job finit par se résumer à un copier-coller abrutissant et désincarné.

Toutes les lettres de motivation racontent ainsi la même histoire, ou presque : des candidats « ambitieux », « dynamiques » et « impliqués », prêts à « relever les défis de demain », à « devenir forces de proposition » et à « exprimer pleinement leurs potentiels dans des missions aussi riches que variées ».

Sus à l’hypocrisie !

Disons-le une bonne fois pour toute, la lettre de motivation est ringarde, dangereuse (aggravation insupportable de la déforestation) et chronophage (enfin surtout pour les candidats parce que les recruteurs, eux, s’en fichent un peu, 75 % d’entre eux ne lisant pas ladite lettre qu’ils exigent des candidats) (je suis d’accord, c’est très énervant dit comme ça…).

Alors, juste, on arrête la lettre de motivation !

On fait autre chose :

  • une vidéo de 7 secondes parce que c’est statistique, un recruteur passe en moyenne 7 secondes sur une candidature :

http://www.id-carrieres.com/blog/2018/06/05/cv-de-7-secondes-recruteur-ou-candidat

  • Un détournement d’objet :

https://www.blog-emploi.com/cv-stages

  • Un mail de présentation court et efficace avec de l’humour (un candidat qui n’a fondamentalement rien contre cirer quelques pompes et qui torréfie le café mieux que sa grand-mère pourra légitimement s’en vanter) / du désespoir (faire pitié, c’est un créneau) / du harcèlement (à bien calibrer quand même) … bref du décalé et de l’original pour faire la différence

http://www.konbini.com/fr/inspiration-2/cv-lettres-de-motivation-decales/

En gros, on s’affirme, on se démarque, on ose être soi, vraiment, à fond, quitte à déplaire parce que le but ce n’est pas de plaire à tout le monde mais juste de convaincre la bonne personne et on ne tartine pas une lettre insipide et creuse pour le plaisir masochiste de coller à une pratique certes normée mais tellement ennuyeuse et dépassée.

Tes défauts, dans l’ordre d’importance (tu as 20 secondes) ?

Qui n’a jamais eu un « perfectionniste » en face de lui ?

Le candidat qui a la qualité de sa faiblesse, chiant mais exigeant, casse-pied mais pour la bonne cause, le truc improbable érigé en exemple parfait du « défaut » super tendance.

Parce qu’il y a décidément beaucoup trop de perfectionnistes sur le marché du travail, la question des défauts (voire des qualités) s’avère tout bonnement bidon (voilà, c’est dit…).

Parce que c’est déclaratif, infiniment subjectif, finalement assez abstrait et que plus personne n’y croit.

Plus largement, toutes les questions cons sont à bannir, autant pour la santé mentale du candidat que pour l’intégrité physique du recruteur :

http://www.topito.com/top-questions-entretien-embauche-ces-cons-ne-changeront-jamais-de-strategie

Alors, on fait quoi ?

On abandonne l’entretien-interrogatoire pour tenter une expérience géniale : s’intéresser vraiment au candidat. Interagir, échanger. Discuter. Parce qu’un entretien, c’est un dialogue et pas une garde à vue. Et on écoute, les anecdotes, les expériences. Et on apprend, on déduit, les faiblesses et les forces de chaque candidat : on comprend que la fille qui a traversé une maternité compliquée révèle un courage profond, que le mec qui a lâché ses études à 16 ans pour les reprendre à 25 a de la détermination à revendre et que le candidat qui a changé 10 fois de poste en 3 ans a sans doute du mal à s’intégrer dans un projet collectif.

Pourquoi tu souris (ou l’enthousiasme suspect) ?

L’ennui contamine de plus en plus le monde du travail : le bore-out (l’ennui qui rend malade), longtemps tabou, devient un vrai phénomène sociétal, renvoyant DG et managers à une réalité difficile à appréhender : la lassitude au boulot.

Le malheur est qu’en amont, les process de recrutement perpétuent et diffusent encore largement cette tradition de l’ennui, où le plaisir, la jovialité et l’enthousiasme s’avèrent absolument suspects.

A la rigidité du format (une table, recruteur et recruté chacun à un bout, surtout pas de proximité physique, attention, et pas une tasse de café à laquelle s’accrocher plus ou moins désespérément) s’ajoutent une pseudo solennité assez rétrograde (à quand le retour de l’adoubement ?) et, pour les plus chanceux, une ambiance d’hôpital (soins palliatifs).

Mais voilà, le sujet du plaisir à ce stade est un sujet sérieux aussi, pour le bien de tous et l’efficacité des recrutements, il faut (ré)apprendre à s’amuser en entretien.

Prendre du plaisir avec un recruteur n’est alors plus un mal en soi, recruté et recruteur n’étant pas des ennemis jurés, bien plantés sur leurs lignes de front, à guetter la faute, le faux-pas de l’autre, à se jauger et à se chercher des poux : le process mute vers du collaboratif, du réciproque, l’échange devient vraiment possible et chacun est libéré d’un rôle-carcan à tenir coûte que coûte, affirmant fondamentalement ce qu’il est et ce qu’il attend.

Prendre du plaisir est alors un état d’esprit, une volonté enthousiaste de rencontrer, connaître et partager, de parler de soi certes mais de s’intéresser aussi vraiment à l’autre, de se montrer authentique, ouvert, curieux et motivé, bref de vivre le moment avec joie et sincérité.

Alors, vous l’aurez compris, chez Goorou, on tient à notre expertise métier mais on tient encore plus à une approche différente du recrutement, où l’authenticité, le plaisir et une vraie compréhension de l’autre sont fondamentales.

Si ça vous parle, contactez-nous : www.goorou.com !