De « l’histoire naturelle de la société » racontée par Balzac dans sa Comédie humaine au constat brutal de l’absurde qui tue l’entreprise depuis des décennies, il y a un siècle et demi de réflexions philosophiques, sociologiques et économiques sur le sujet des moeurs sociétales et du bonheur au travail.

2 essais d’approches différentes viennent ainsi de paraitre, apportant un éclairage pertinent sur le malaise qui catalyse actuellement la fuite en avant des Talents de l’entreprise :

Bullshit jobs, de David Graeber

Anthropologue et économiste de renom, figure de proue du mouvement Occupy Wall Street, l’auteur postule que la société moderne repose sur l’aliénation en règle de la grande majorité des travailleurs de bureau, amenés à vouer leurs existences entières à des tâches inutiles et sans intérêt tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société.

Si le propos est vaste, le livre a le mérite d’explorer la face sombre de l’entreprise, vidée de sens et condamnant les salariés à un malheur profond qui confine à la dépression la plus sévère.

D’inspiration clairement marxiste et sans beaucoup de nuances, l’auteur, anarchiste forcené et assumé, s’en prend au capitalisme et réduit le monde du travail à un « univers masochiste et féodal« .

En évoquant la création d’un revenu universel et inconditionnel, Graeber propose une solution, la sienne, pour libérer les salariés de l’absurde et remobiliser les énergies autour de la valeur travail.

La Comédie (In)Humaine, de Nicolas Bouzou et Julia De Funès

A rebours de David Graber, les auteurs ne crient pas à la révolution mais tentent d’analyser les raisons de la démission interne, de la démobilisation massive des salariés, entre brown-out (job à la con), bore-out (ennui à la con) et bore-out (épuisement à la con).

Tyrannique et inefficace, le management n’a jamais été aussi destructeur de valeur en entretenant ce paradoxe terrible : alors même que les entreprises investissent plus que jamais dans le bien-être au travail, les salariés, eux, n’ont jamais été plus malheureux, ainsi :

  • L’absentéisme représente, actuellement et en moyenne, 17,2 jours par an et par salarié du privé ;
  • Les arrêts maladie, symptômes de la souffrance psychologique et physique au travail, ont couté plus de 10 milliards d’euros au régime général de la Sécurité sociale en 2017;
  • Le mal-être au travail grandit, particulièrement chez les moins de 30 ans, génération qui peine à s’adapter à la réalité du monde professionnel, qu’elle découvre après l’école entre attentes fortes et grosses désillusions ;

La faute au management ?

Dans son article du Monde en date du 06 juillet dernier, Dominique Méda (professeure de sociologie et directrice de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales de l’université Paris-­Dauphine-­PSL) décrète la « faible qualité du management français », confirmée par de nombreuses études de terrain.

S’il ne s’agit pas de diaboliser les managers, la majorité des réflexions sur le sujet de l’épanouissement au travail dénonce actuellement des pratiques managériales absurdes qui vident le travail de sens, exacerbant un sentiment d’inutilité et de vacuité qui tue les salariés à petit feu, notamment :

  • L’infantilisation galopante du personnel : par le « playing washing », l’entreprise endoctrine en proposant du ludique à la place du sens : toboggans ou baby-foots, ateliers Lego ou Kapa, team building version VTT entre collègues, … tout est fait pour créer voire forcer une intimité justifiant un sur-engagement des salariés jusqu’à l’aliénation individuelle et personnelle.
  • La lourdeur des process : Dès 2004, Jeff Bezos a interdit à ses équipes le recours au Powerpoint, qu’il rend coupable (à raison) d’appauvrissement de la capacité de réfléchir et de structurer sa pensée. Autre tare de l’entreprise qui écrase littéralement les salariés, la multiplication des reportings et des réunions, dans un contexte de sur-contrôle qui ne rime plus à rien. Le concept de réunionite est d’ailleurs d’apparition récente, dénonçant l’absurde de ces réunions inutiles, floues et inefficaces au possible. La bonne nouvelle est qu’en France notamment, quelques start-ups prennent le problème à bras-le-corps. Roti’Express ou Entr’Up luttent ainsi vaillamment contre cette plaie qu’est la réunion à la con.

Le retour au simple !

Simplifier est sans doute la clé !

Un peu de bon sens…

Dans un article intelligent, le conférencier Gael Châtelain (auteur notamment de « Mon boss est nul mais je le soigne« ) fait du bon sens « l’arme fatale » du manager.

En dépassant les concepts à la mode d’entreprises libérées, de management bienveillant et d’économie collaborative qui peuvent lasser, il rappelle que le bon sens au quotidien vaut autant, voire plus, que les mutations managériales pseudo-révolutionnaires.

Ainsi, dire bonjour le matin à ses collaborateurs, favoriser la communication régulière et pas uniquement une fois par an enfermé dans le carcan de l’entretien individuel obligatoire, partager le sens de l’action collective et fédérer autour de valeurs fondamentales au lieu de jouer au lancer de haches à Rennes (!), seraient infiniment plus épanouissants pour les équipes que toutes les stratégies de management du monde.

Beaucoup d’autonomie…

Considéré comme le nouveau contrat social de l’entreprise, l’autonomie est le meilleur levier de mobilisation, d’épanouissement et d’efficacité des salariés.

En permettant l’expression personnelle, l’autonomie construit la confiance nécessaire à chacun pour libérer sa créativité, son esprit critique et plus généralement tout son potentiel individuel au service du collectif.

Et du sens, du sens, du sens…

Sujet existentiel pour les uns, véritable quête du Graal pour les autres, le sens est plus que jamais au centre des profondes préoccupations des salariés.

Dans une édifiante étude intitulée «Sens au travail ou sens interdit», menée conjointement par le cabinet Deloitte et le réseau social Viadeo pour Wisdom Paris, il ressort qu’1 salarié sur 2 a choisi son métier pour répondre à son besoin de sens et, qu’en même temps, plus de 50 % des gens constatent une perte de sens au travail.

A l’origine du brown-out, pathologie du vide et du sentiment d’inutilité au travail, la perte de sens est en train de tuer les organisations incapables d’appréhender avec justesse ce qu’est ce sens et comment le faire vivre au quotidien.

Un magnifique article publié en 2017 dans le Figaro appelait par exemple à s‘appuyer sur les philosophes pour réfléchir au sens au travail contemporain et prendre ainsi des actions capable de refaire sens pour les salariés et les enchanter à nouveau.

Avec Aristote, Pascal ou Nietzsche, il est alors possible d’infuser dans les organisations des valeurs créatrices de sens profond pour réengager durablement les salariés, comme l’intelligence d’action qui favorise la prise de risque et l’innovation, l’intuition qui remet l’intelligence émotionnelle au coeur des décisions ou encore la libéralisation des énergies et des savoir-être pour faire grandir le collectif.

Dès lors, l’entreprise n’a plus d’autre choix que de se questionner fondamentalement sur le sens de son action dans le monde, de trouver des réponses vraies et propres et de les transmettre aux Talents pour les séduire et les garder.

Comme vous le comprenez, dans un contexte de pénurie de Talents et à l’heure de l’attraction, de la mobilisation, de l’engagement et de la fidélisation des meilleurs, le recrutement devient une démarche globale d’identification des compétences et de recherche de sens, de bien-être et d’équilibre des salariés.

Parce que  Goorou souscrit pleinement à ce « new deal » qui instaure une relation plus responsabilisante entre tous les acteurs de l’entreprise, nous ne faisons pas que recruter des Talents : nous conseillons, formons et accompagnons entreprises et candidats à tous les stades du process pour une  ambition un peu folle et un peu naïve : réenchanter le travail avec vous !

Alors n’hésitez plus et contactez-nous pour en discuter !